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Les Belges parlent aux Belges (2)

Belges, Belges,

Aujourd’hui, penchons-nous sans tomber sur le délicat problème de l’inaptitude des francophones de la périphérie bruxelloise à converser dans la langue de leur région.

Pour ce faire, saisissons-nous d’un crypto-bruxellois de Linkebeek et lâchons sur lui un bouvier intégriste gavé d’amphétamines.

Après avoir abandonné au chien un mollet dont nous n’aurons pas l’usage, munissons-nous d’un scalpel et d’un manuel succinct d’anatomie, voire d’un médecin légiste, afin d’examiner le corps gentiment mis à notre sagace disposition.

Que constatons-nous, une fois notre sujet d’expérience ouvert aux quatre vents ?

Rien.

La langue, le palais et les cordes vocales sont roses et sains. L’oreille ne présente aucune malformation.  Le cerveau est de taille raisonnable et, aux dires des proches, il fonctionnait de manière satisfaisante à l’heure du décès.

Rafistolons notre cobaye et replaçons-le dans son environnement naturel. Affalé dans une chaise longue en teck, à l’ombre d’une marquise à rayures jaunes et noires, le voilà qui sirote un vin de Loire pendant que son unique enfant batifole dans la piscine semi-couverte, perché sur un petit lion gonflable.

Approchons-nous subrepticement de notre ami et apostrophons-le en néerlandais, par exemple en suggérant que sa progéniture est sur le point de se noyer.

Pour toute réaction, il se gratte frénétiquement les oreilles.

Réitérons notre mise en garde, cette fois en français : notre homme sautille à cloche-pied vers son rejeton, en agitant les bras.

Une fois l’enfant remisé dans la buanderie, interrogeons son père. Il révèle qu’à l’âge de quinze ans, il a été victime d’une ouverture intempestive d’airbag tandis qu’il conduisait son Chappy en revenant de la Doudingue, une discothèque implantée en zone libre. Depuis lors, il souffre d’acouphènes qui l’empêchent d’apprendre le néerlandais.

Or, nous savons que le néerlandais regorge de sons, en particulier les sons « é », « ou » et « au », qui sont inexistants dans la langue de Molière (*). Ces sons provoquent, chez celui qui souffre d’acouphènes, le même effet qu’un dispositif Mosquito sur une bande d’adolescents farcis d’acné. Notre homme est donc la victime d’une intolérance langagière au néerlandais, parfaitement indépendante de sa volonté.

Mais il y a plus grave.

Confronté à une convocation électorale rédigée en néerlandais, il est incapable de déchiffrer la date et le numéro du bureau où il est convié à remplir son devoir de citoyen.

C’est que notre sujet d’expérience est également affecté d’une forme rare de cataracte traumatique, qui l’empêche de lire les chiffres écrits en néerlandais au lieu de l’arabe usuel. Voilà pourquoi il implore son bourgmestre francophone de le convoquer en français, bien qu’il admette volontiers l’absurdité de cette requête.

La gorge secouée de sanglots d’impuissance et de honte, notre crypto-bruxellois jure qu’il s’est installé à Linkebeek mû par un aiguillon fiscal plutôt qu’un dessein colonialiste. Il rappelle qu’il a tout tenté pour maîtriser le néerlandais, jusqu’à suivre des cours d’embourgeoisement. Il arrache son enfant à la contemplation du sèche-linge pour lui faire réciter par trois fois « schild en vriend » avant le chant du coq. L’enfant  déclame avec un accent irréprochable, qui jadis lui aurait évité l’épée et qui demain lui permettra d’acheter une villa voisine de celle de son père.

Mesdames les Flamandes, la volonté d’assimilation de cet homme est patente et sa souffrance, tragique. Si son handicap ne vous rebute pas, évincez son épouse et venez partager sa couche pour le réconforter. Mains face aux mains, vous apprendrez le langage néerlandais des signes et votre nouveau mari pourra briguer les plus hautes charges, fort d’un bilinguisme mimé.

En attendant, le plus sûr moyen de pallier son inaptitude est de prévoir une intervention de la mutuelle lors de son séjour à la clinique Céran, spécialisée dans le traitement des acouphènes néerlandophobes et de la cataracte sélective.

Le mois prochain, si le temps le permet, nous décortiquerons un nouvel allié flamand de Berchem, afin de comprendre pourquoi il confond les mots « séparatisme » et « confédéralisme » dans ses discours.

A la bonne vĂ´tre,

Georges

(*)  Pour preuve, cette réplique extraite au hasard des Précieuses Ridicules : « LA GRANGE: Quoi? ».

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Les Belges parlent aux Belges

Belges, Belges,

En ces temps troublés, il est temps de détricoter certains lieux communs (*) néfastes à la concorde nationale.

Je détricoterai en français, pour que tout le monde comprenne, même les inaptes.

Pour commencer, nous allons définitivement trancher le cou à un préjugé qui colle à la peau du Wallon, en dépit d’un traitement quotidien à la glycérine.

On dit que le Wallon serait fainéant.

Voyons-y voir.

Munissons-nous d’un tablier imperméable, en veillant à ce qu’il n’entrave pas nos mouvements d’épaules. Saisissons-nous d’un Wallon d’âge mûr et plaçons-le sur le billot, en étirant sa nuque pour faciliter l’équarrissage. Levons la hache du sens critique haut vers le ciel couleur pigeon, et abattons-la d’un mouvement ferme et gracieux, en veillant à ce que la tête de notre généreux cobaye tombe dans le panier d’osier disposé à son attention, sans tacher le parquet. Que découvrons-nous parmi les chairs déchiquetées, une fois taris les petits jets sporadiques de sang épais qui jaillissent de la trachée tranchée ?

De prime abord, rien du tout.

L’étêté semble normalement constitué : les tissus sont sains et le sang a une jolie teinte vermillon. On regretterait presque de l’avoir découpé.

Mais ne soyons pas les dupes de cette posthume esquive.

En examinant plus en détail la dépouille de notre aimable sujet d’expérience, nous constatons une anomalie : son visage conserve la trace indélébile d’un sourire radieux, si pénible qu’ait pu être pour lui la partition de son enveloppe charnelle en deux tronçons inégaux.

D’où provient cette sérénité, en dépit de l’indéniable inconfort de sa situation ?

Pour le savoir, recousons hâtivement notre brave volontaire et replaçons-le dans son environnement naturel. Du haut de son terril reconverti en vignoble, là où il s’enfonçait jadis jusqu’aux tréfonds de la mine, la pelle dans une main et le canari dans l’autre, le voilà qui contemple l’avenir avec confiance, et avec ses yeux. Il sait que son heure est bientôt venue. Sous la maisonnette qu’il a acquise à Chapelle-lez-Herlaimont, après une vie de dure torpeur, gît une véritable mine d’or. De l’or bleu. Des millions de mètres cubes d’une bonne eau bien ferrugineuse, qui clapote mélodiquement à quelques dizaines de mètres sous les ceps.

Cintré dans sa veste d’un cuir fatigué, l’une de ses quatre sources d’allocations familiales collée à sa jambe droite, notre Wallon picore de petites frites froides nappées de sauce riche, en imaginant le nouvel aileron qu’il greffera à l’arrière de sa Subaru, une fois sa fortune faite. Car il entend bien négocier âprement chaque gouttelette de son trésor lorsque la montée de la Manche et la descente du lisier auront eu raison des dernières nappes phréatiques de Flandre.

Il réprime un sanglot en pensant à l’instant où, magnanime, il tendra sa gourde pleine à un horticulteur de Lochristi, dont les azalées seront menacées de lyophilisation faute d’eau pour les irriguer. Il loue la Terre nourricière de lui avoir offert une seconde manne, elle qui déjà lui avait ouvert ses veines pour le gaver de houille.

Voilà pourquoi le Wallon écarte tout ouvrage d’un revers de sa pogne velue et saucée : il sait que les cotisations versées par ses compatriotes du Nord dans les caisses sans fond de la sécurité sociale sont autant d’acomptes sur le prix d’achat des litrons d’eau minérale dont ceux-ci auront demain le plus vital besoin. Foin de paresse : c’est la raison économique qui le guide.

N’était la sympathie spontanée qu’il ressent à l’égard de ses compères flamands, notez que notre Wallon réserverait ses trésors à quelque émir aux poches farcies de pétrodollars. Messieurs les Flamands, réjouissez-vous qu’il accepte vos euros dévalués sans jamais s’en remettre à la concurrence, à l’exception des ravis du RWF qui font du gringue au petit Nicolas. Lors de votre prochaine visite de Redu, jetez-vous dans les bras du premier Wallon venu et remerciez-le chaleureusement. Et si votre Wallon est une Wallonne, aimez-la bruyamment sur une aire d’autoroute bosselée. Si vous savez la satisfaire, peut-être vous cèdera-t-elle d’avance le droit de profiter gracieusement et à jamais de ses humides trésors.

En attendant, le plus sûr moyen de la courtiser reste de cotiser.

Le mois prochain, si le temps le permet, nous disséquerons un cryptobruxellois de Linkebeek, afin de comprendre pourquoi il est si nul en néerlandais.

A la bonne vĂ´tre,

Georges

(*)  Je ne parle pas du territoire national, qui peut rester entier, au moins jusqu’au 15 juillet.

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C’est pas un peu fini, ces chamailleries?

Chers et éphémères Ministres et Secrétaires d’Etat,

Cher Sire,

Manifestement, plus personne n’entend s’occuper de ce pays. Je vous propose donc ma candidature en qualité de despote illuminé, du moins tant qu’il fait beau.

Mon programme est simple. Il se décline en 15 points, que la majorité de vos citoyens, si cons soient-ils à mon égard, devraient pouvoir comprendre.

1. Réformes institutionnelles : suppression du néerlandais comme langue nationale et son remplacement par le français. En contrepartie, les Wallons s’engagent à ne plus parler  le wallon ni l’allemand, ni même le verviétois, qu’ils remplaceront également par le français, et ils accepteront la scission de tous les arrondissements qu’on voudra.

2. Finances : taxation des revenus professionnels selon le lieu de travail et réinvestissement des bénéfices engrangés par la Région bruxelloise dans un programme de réintroduction des papillons.

3. Santé publique : construction d’un volcan doté d’un nom prononçable à proximité immédiate de l’aéroport de Zaventem, pour rééditer la semaine sans avions et préserver les littoraux du tourisme de masse, qui effraie les requins.

4. Affaires Ă©trangères : Ă  l’occasion de la prĂ©sidence de l’Union europĂ©enne, instauration du français comme langue officielle unique, Ă  l’exclusion des dialectes baragouinĂ©s dans d’autres Etats-membres, en particulier chez les Grands-Bretons. Voyez Ă©galement le point 10.

5. Migration et asile : ouverture des frontières sans conditions aux citoyennes brésiliennes, libanaises et malaises âgées de 15 à 45 ans, surtout si elles chantent bien. Le rassemblement familial sera toutefois exclu.

6. Budget : rĂ©investissement de la force de travail, du temps, du papier et des agrafes anciennement consacrĂ©s Ă  se chamailler autour du dĂ©coupage de BHV dans un vaste programme de comblement des trous dans les caisses et, dans un second temps, des trous dans les autoroutes wallonnes. Les Flamands n’auront rien, puisqu’ils ont l’arrogance de narguer les Wallons avec leurs autoroutes convenablement entretenues.

7. Pensions : après discussion avec les responsables syndicaux de l’armĂ©e, enrĂ´lement dans l’infanterie des 70-110 ans (voyez le point 10).

8. Justice : interdiction de mentionner les initiales BHV, sous quelque forme que ce soit, pendant le millénaire à venir, sous peine d’écartèlement en place publique. Par dérogation et souci de décence, les jolies jeunes filles verront cette peine commuée en promenade forcée à perpétuité dans mon quartier, dûment délimité.

9. Agriculture : lancement d’un vaste programme d’éducation des pucerons, pour qu’ils cessent de compisser mon carnet de notes lorsque je travaille au grand air.

10. Défense : après discussion avec les responsables syndicaux de l’armée, annexion de la France, à part la Seine-Saint-Denis et le Val de Marne où la population est armée de voitures Molotov. Une fois la France rattachée à la Belgique, les francophones renonceront à demander la ratification de la convention-cadre pour la protection des minorités nationales.

11. Climat et énergie : arrêt immédiat du réchauffement climatique en Belgique : la température est parfaite comme cela, merci.  Pour la production, on  louera des usines aux Pays-Bas, à la place des prisons qui génèrent beaucoup moins de CO2, même si j’ai ouï dire que les prisonniers recevaient de la viande de bœuf.  Accessoirement, cela assurerait une augmentation de la population de bébés mésanges et me permettrait d’acheter moins de mou pour le chat.

12. Coopération au développement : octroi aux Grecs d’un prêt à taux modique, en échange de quelques cariatides pour enrichir les collections des musées nationaux, qui ne se renouvellent guère depuis qu’on ne nous a pas rendu le Congo.

13. Fonction publique : suppression de la fonction publique, composée d’un ramassis de fainéants. L’armée, la police et la magistrature seront provisoirement conservées, en vue de veiller à la bonne réalisation du présent programme.

14. Simplification administrative : cf. point 13 : s’opérera automatiquement, à commencer par la suppression du ministère éponyme.

15. Intérieur : introduction du port obligatoire de la burka pour les laiderons, toutes confessions confondues. Si des jolies jeunes filles devaient tricher, elles seront mariées de force aux agriculteurs qui se plaignent de ne pas trouver botte à leur pied.

Je suis naturellement conscient que certaines des idĂ©es novatrices exposĂ©es ci-avant heurteront le reliquat de conservatisme goudronneux qui stagne en chacun de vous. Mais les temps sont durs et ils exigent une rĂ©action aussi vigoureuse qu’immĂ©diate. Au diable les demi-mesures.

Merci de me confirmer rapidement dans mes fonctions.

Veuillez agréer, Chers et éphémères Ministres et Secrétaires d’Etat, Cher Sire, l’expression de mes sentiments dévoués.

PS : une traduction en néerlandais de la présente vous parviendra sous peu. Etant d’origine wallonne et donc paresseux, je ne peux à mon grand dam m’en charger personnellement.

Georges Glon

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