Chacun son Code
On a failli régionaliser le Code de la Route.
Hélas, une fois de plus, on s’est contenté d’une demi-mesure, à cause des simagrées de quelques activistes belgicains qui ont tué dans l’œuf ce projet ambitieux et visionnaire.
Quelle tristesse.
Notez qu’à bien y réfléchir, la proposition manquait d’audace. Le Code de la Route devrait devenir une compétence communale, pour s’adapter aux spécificités topographiques et aux conditions de trafic locales.
Par exemple, en haut de chez moi, il y a un semi-cul-de-sac. En apparence, c’est un cul-de-sac, mais au tout dernier moment, une petite ruelle file brusquement vers la droite comme un Ă©lecteur centriste déçu. Aucun panneau ne signale cette salutaire Ă©chappatoire, ni la soudainetĂ© du virage, qui totalise non moins de 90 degrĂ©s. Des conducteurs font demi-tour parce qu’ils se croient pris au piège, mais comme la rue est Ă sens unique, ils se chamaillent avec les conducteurs suivants Ă grands renforts d’avertisseurs, ce qui a le don d’augmenter mon sentiment innĂ© d’angoisse matinale. Quant aux camions, ils se heurtent Ă un virage Ă angle droit radicalement impraticable pour un semi-remorque, sous les yeux des clients d’un snack-durum-pita qui les observent d’un air goguenard. Les routiers les plus Ă©motifs croient avoir affaire Ă une bande de naufrageurs et manoeuvrent prĂ©cipitamment pour s’échapper. C’est alors le bip bip lancinant de leur marche arrière qui alimente mon anxiĂ©tĂ© en me rappelant mon premier Ă©lectroencĂ©phalogramme.
Bref, c’est le chaos.
Depuis deux ans, j’envoie à l’administration l’ébauche d’un nouveau panneau, qui permettrait de résoudre définitivement le problème. Sans vouloir me vanter, les qualités esthétiques de mon croquis feraient pâlir d’envie jusqu’au concepteur du panneau S35. Je me suis basé sur un banal panneau F45, mais j’ai barré le cul-de-sac, en pointillés pour montrer que ce n’est pas vraiment un cul-de-sac même si a en a tout l’air, et j’ai ajouté une petite barre vert espoir qui mène à une autre barre blanc cassé plus large, chevauchée par un couple de licornes stylisées, crinières au vent, la corne délicatement torsadée, en pleine ruade, pour symboliser le retour à la liberté. On m’a répondu qu’il n’y avait pas suffisamment de lieux semblables à travers le pays pour justifier l’introduction d’un nouveau panneau dans le Code de la Route. J’ai précisé qu’il ne fallait pas prendre mes licornes au pied du trait, mais mon courrier est resté lettre morte. Depuis, la situation ne fait qu’empirer, dans l’indifférence générale.
Et ce n’est pas tout.
Devant chez moi, il y a fréquemment des apparitions de gros hamsters ou de tout petits chiens au beau milieu de la chaussée [1]. Comme si le macadam générait spontanément des hamsters ou de tout petits chiens. Soucieux de participer à la sécurisation de la voirie, j’ai aussitôt demandé qu’on installât un panneau mettant en garde les usagers. Mais figurez-vous qu’il n’existe aucun panneau adapté. Il y en a pour les biches, les vaches, les piétons et les cyclistes mâles, les écoliers accompagnés et les grenouilles (uniquement en saison), mais pas pour les gros hamsters ou les tout petits chiens. Résultat : l’hécatombe se poursuit. La semaine dernière, j’en ai encore concassé deux. Si le Code de la Route était communal, ces drames auraient pu être évités et la fille de mon voisin de gauche ne passerait pas son temps à déposer des menaces de mort et les étrons de son nouveau bouvier dans ma boîte aux lettres.
Décidément, à tous ces problèmes, il faut une réponse locale, adaptée aux réalités du terrain. A une époque où la souplesse, l’adaptabilité et la spécialisation occupent le haut du podium des indicateurs de performance, un Code de la Route national, ou même régional, ne se justifie plus.
Ce qui nous conduit naturellement à reconsidérer d’autres règles à prétention nationale, voire universelle.
Les Droits de l’Homme, par exemple.
Les Droits de l’Homme gagneraient beaucoup à être communalisés.
Tout le monde sait que l’Homme de Sint-Martens-Latem est radicalement différent de celui de Farciennes. Le premier est blond et blanc, grand, entrepreneur, riche, vêtu à la dernière mode, il parle le flamand et tout plein d’autres langues, il mange tôt dans un silence pesant et vit dans une villa entourée d’un jardin à l’herbe rase ceint d’une haie de buis militairement taillée, sise entre une pépinière et un terrain de golf et protégée des intrusions par une grille monumentale en acier trempé. Le second est noir de jais et bronzé, courtaud, chômeur, pauvre, mal fagoté, il parle l’italien et le français, il mange tard dans un brouhaha assourdissant et vit dans une maison ouvrière coincée entre deux autres maisons rigoureusement identiques, n’étaient la boîte aux lettres et l’inscription sur la sonnette dont l’encre fatiguée dégouline le long de l’étiquette à la manière d’un titre de film d’épouvante de série z.
Pourquoi donc donner à ces deux hommes les mêmes droits, quand ils n’ont pas les mêmes besoins ?
Par exemple, l’Homme de Sint-Martens-Latem n’a que faire du droit à la liberté d’association, puisqu’il a atteint un stade de développement humain qui aboutit nécessairement à un paisible individualisme, périodiquement étendu à la famille cellulaire composée d’un conjoint et de 1,6 enfant, le cadet ayant perdu une jambe lors d’un accident de bobsleigh. Quant à l’Homme de Farciennes, qu’a-t-il à faire du respect de sa vie privée, lui dont la famille nombreuse et multigénérationnelle s’entasse au petit bonheur superposé tout au long de ses 200 m² habitables, en toute promiscuité, et qui ne jure que par la camaraderie ?
Rien.
Chacun d’eux aspire, fût-ce inconsciemment, à des Droits de l’Homme mieux adaptés à ses conditions de vie.
Citoyens responsables, unissons-nous pour mieux scinder. Ne laissons pas le vent roboratif de réformes institutionnelles qui souffle sur notre beau pays s’éteindre comme un feu de paille. Communalisons les Droits de l’Homme, le système métrique et les températures, les tables de multiplication et l’alphabet, la monnaie et le solfège, les codes de navigation fluviale, aérienne et spatiale, le droit de la guerre, l’écriture Braille, les standards Unicode, les codes barre et les timbres postaux !
Une nouvelle ère de liberté et d’innovation s’ouvre à nous : Jette pourra instaurer la conduite à gauche, Dendermonde pourra frapper des pièces de 7 centimes et supprimer la clef de fa, Spy pourra troquer les degrés Celsius contre les degrés Fahrenheit pour doper le tourisme en donnant l’impression qu’il y fait toujours plus chaud.
Nous vivons un moment historique.
Faisons en sorte que dans plusieurs années, on reparle avec émoi de cet automne belge.
[1] Je n’ai jamais pu vérifier s’il s’agissait de gros hamsters ou de tout petits chiens parce qu’en cas d’impact, je continue ma route jusqu’à ce qu’ils se détachent du pneu, sinon il faut racler les rainures pendant des heures.
On a failli régionaliser le Code de la Route.
Hélas, une fois de plus, on s’est contenté d’une demi-mesure, à cause des simagrées de quelques activistes belgicains qui ont tué dans l’œuf ce projet ambitieux et visionnaire.
Quelle tristesse.
Notez qu’à bien y réfléchir, ce projet manquait d’audace. Le Code de la Route devrait devenir une compétence communale, pour s’adapter aux spécificités topographiques et aux conditions de trafic locales.
Par exemple, en haut de chez moi, il y a un semi-cul-de-sac. En apparence, c’est un cul-de-sac, mais au tout dernier moment, une petite ruelle file brusquement vers la droite comme un électeur centriste déçu. Aucun panneau ne signale cette salutaire échappatoire, ni la soudaineté du virage, qui totalise non moins de 90 degrés. Des conducteurs font demi-tour parce qu’ils se croient pris au piège, mais comme la rue est à sens unique, ils se chamaillent avec les conducteurs suivants, à grands renforts d’avertisseurs, ce qui a le don d’augmenter mon sentiment inné d’angoisse matinale. Quant aux camions, ils se heurtent à un virage à angle droit radicalement impraticable pour un semi-remorque, sous les yeux des clients d’un snack-durum-pita qui les observent d’un air goguenard. Les routiers les plus émotifs croient avoir affaire à une bande de naufrageurs et manoeuvrent précipitamment pour s’échapper, et c’est alors le bip bip lancinant de leur marche arrière qui alimente mon anxiété en me rappelant mon premier électroencéphalogramme.
Bref, en haut de ma rue, c’est le chaos.
Depuis deux ans, j’envoie à l’administration l’ébauche d’un nouveau panneau, qui permettrait de résoudre définitivement le problème. Sans vouloir me vanter, les qualités esthétiques de mon croquis feraient pâlir d’envie jusqu’au concepteur du panneau S35. Je me suis basé sur un banal panneau F45, mais j’ai barré le cul-de-sac, en pointillés pour montrer que ce n’est pas vraiment un cul-de-sac même si a en a tout l’air, et j’ai ajouté une petite barre vert espoir qui mène à une autre barre blanc cassé plus large, chevauchée par un couple de licornes stylisées, crinières au vent, la corne délicatement torsadée, le mâle en pleine ruade, pour symboliser le retour à la liberté. On m’a répondu qu’il n’y avait pas suffisamment de lieux semblables à travers le pays pour justifier l’introduction d’un nouveau panneau dans le Code de la Route. J’ai précisé qu’il ne fallait pas prendre mes licornes au pied du trait, mais mon courrier est resté lettre morte. Depuis, la situation ne fait qu’empirer, dans l’indifférence générale.
Et ce n’est pas tout.
Devant chez moi, il y a fréquemment des apparitions de gros hamsters ou de tout petits chiens au beau milieu de la chaussée [1]. Comme si le macadam générait spontanément des hamsters ou de tout petits chiens. Soucieux de participer à la sécurisation de la voirie, j’ai aussitôt demandé qu’on installât un panneau mettant en garde les usagers. Mais figurez-vous qu’il n’existe aucun panneau adapté. Il y en a pour les biches, les vaches, les piétons et les cyclistes mâles, les écoliers accompagnés et les grenouilles (uniquement en saison), mais pas pour les gros hamsters ou les tout petits chiens. Résultat : l’hécatombe se poursuit. La semaine dernière, j’en ai encore concassé deux. Si le Code de la Route était communal, ces drames auraient pu être évités et la fille de mon voisin de gauche ne passerait pas son temps à déposer des menaces de mort et les étrons de son nouveau bouvier dans ma boîte aux lettres.
Un dernier exemple, encore plus Ă©difiant : dans mon quartier, les jeunes ont besoin d’un quad pour se dĂ©penser physiquement et se rendre Ă l’école. Leurs parents, soucieux de la sĂ©curitĂ© de leur progĂ©niture, savent qu’un vĂ©lo ou une motocyclette n’est pas assez stable et optent donc sagement pour le quad. Mais rien n’est fait pour adapter les conditions de circulation, par exemple en interdisant les rues Ă tout ce qui les encombre, provoquant l’agacement bien lĂ©gitime de ces jeunes gens avides de liberté : poussettes, vieilles Ă caddies, piĂ©tons, bicyclettes, voitures, charrettes Ă bras et j’en passe… Et puis on s’étonne qu’il y ait des accidents.
Décidément, à tous ces problèmes, il faut une réponse locale, adaptée aux réalités du terrain.
D’autant que je refuse de payer pour tous ces panneaux qui ne me servent à rien. Par exemple, dans mon quartier, aucune pente n’atteint une déclivité de 10% – raison pour laquelle les jeunes achètent des quads plutôt que des caisses à savon –, d’où l’inutilité patente des panneaux A3, mais aussi F95 et C39, voire même A19 et A 51. Pourtant, on en imprime à tire-larigot, de ces panneaux. Avec mes impôts.
A une époque où la souplesse, l’adaptabilité et la spécialisation occupent le haut du podium des indicateurs de performance, un Code de la Route national, ou même régional, ne se justifie plus. Il faut un Code de la Route communal.
Ce qui nous conduit naturellement à reconsidérer d’autres règles à prétention nationale, voire universelle.
Les Droits de l’Homme, par exemple.
Les Droits de l’Homme gagneraient beaucoup à être communalisé.
Tout le monde sait que l’Homme de Sint-Martens-Latem est radicalement différent de celui de Farciennes. Le premier est blond et blanc, grand, entrepreneur, riche, vêtu à la dernière mode, il parle le flamand et tout plein d’autres langues, il mange tôt dans un silence pesant et vit dans une villa entourée d’un jardin à l’herbe rase ceint d’une haie de buis militairement taillée, sise entre une pépinière et un terrain de golf et protégée des intrusions par une grille monumentale en acier trempé. Le second est noir de jais et bronzé, courtaud, chômeur, pauvre, mal fagoté, il parle l’italien et le français, il mange tard dans un brouhaha assourdissant et vit dans une maison ouvrière coincée entre deux autres maisons rigoureusement identiques, n’étaient la boîte aux lettres et l’inscription sur la sonnette dont l’encre fatiguée dégouline le long de l’étiquette à la manière d’un titre de film d’épouvante de série z.
Pourquoi donc donner à ces deux hommes les mêmes droits, quand ils n’ont pas les mêmes besoins ?
Par exemple, l’Homme de Sint-Martens-Latem n’a que faire du droit à la liberté de réunion et d’association, puisqu’il a atteint un stade de développement humain qui aboutit nécessairement à un paisible individualisme, périodiquement étendu à la famille cellulaire composée d’un conjoint et de 1,6 enfant, le cadet ayant perdu une jambe au cours d’un accident de bobsleigh. Quant à l’Homme de Farciennes, qu’a-t-il à faire du respect de sa vie privée, lui dont la famille nombreuse et multigénérationnelle s’entasse au petit bonheur superposé tout au long de ses 200 m² habitables, en toute promiscuité ?
Rien.
Chacun d’eau aspire à des Droits de l’Homme mieux adaptés à ses conditions de vie.
Citoyens responsables, unissons-nous pour mieux scinder. Ne laissons pas le vent roboratif de réforme institutionnelle qui souffle sur notre beau pays s’éteindre comme un feu de paille. Communalisons les Droits de l’Homme, le système métrique et les températures, les tables de multiplication et l’alphabet, la monnaie et le solfège, les codes de navigation fluviale, aérienne et spatiale, le droit de la guerre, l’écriture Braille, les standards Unicode et la valeur des timbres postaux !
Une nouvelle ère de liberté et d’innovations s’ouvre à nous : Jette pourra instaurer la conduite à gauche, Dendermonde pourra frapper des pièces de 7 centimes et supprimer la clef de fa, Spy pourra troquer
On a failli régionaliser le Code de la Route.
Hélas, une fois de plus, on s’est contenté d’une demi-mesure, à cause des simagrées de quelques activistes belgicains qui ont tué dans l’œuf ce projet ambitieux et visionnaire.
Quelle tristesse.
Notez qu’à bien y réfléchir, ce projet manquait d’audace. Le Code de la Route devrait devenir une compétence communale, pour s’adapter aux spécificités topographiques et aux conditions de trafic locales.
Par exemple, en haut de chez moi, il y a un semi-cul-de-sac. En apparence, c’est un cul-de-sac, mais au tout dernier moment, une petite ruelle file brusquement vers la droite comme un électeur centriste déçu. Aucun panneau ne signale cette salutaire échappatoire, ni la soudaineté du virage, qui totalise non moins de 90 degrés. Des conducteurs font demi-tour parce qu’ils se croient pris au piège, mais comme la rue est à sens unique, ils se chamaillent avec les conducteurs suivants, à grands renforts d’avertisseurs, ce qui a le don d’augmenter mon sentiment inné d’angoisse matinale. Quant aux camions, ils se heurtent à un virage à angle droit radicalement impraticable pour un semi-remorque, sous les yeux des clients d’un snack-durum-pita qui les observent d’un air goguenard. Les routiers les plus émotifs croient avoir affaire à une bande de naufrageurs et manoeuvrent précipitamment pour s’échapper, et c’est alors le bip bip lancinant de leur marche arrière qui alimente mon anxiété en me rappelant mon premier électroencéphalogramme.
Bref, en haut de ma rue, c’est le chaos.
Depuis deux ans, j’envoie à l’administration l’ébauche d’un nouveau panneau, qui permettrait de résoudre définitivement le problème. Sans vouloir me vanter, les qualités esthétiques de mon croquis feraient pâlir d’envie jusqu’au concepteur du panneau S35. Je me suis basé sur un banal panneau F45, mais j’ai barré le cul-de-sac, en pointillés pour montrer que ce n’est pas vraiment un cul-de-sac même si a en a tout l’air, et j’ai ajouté une petite barre vert espoir qui mène à une autre barre blanc cassé plus large, chevauchée par un couple de licornes stylisées, crinières au vent, la corne délicatement torsadée, le mâle en pleine ruade, pour symboliser le retour à la liberté. On m’a répondu qu’il n’y avait pas suffisamment de lieux semblables à travers le pays pour justifier l’introduction d’un nouveau panneau dans le Code de la Route. J’ai précisé qu’il ne fallait pas prendre mes licornes au pied du trait, mais mon courrier est resté lettre morte. Depuis, la situation ne fait qu’empirer, dans l’indifférence générale.
Et ce n’est pas tout.
Devant chez moi, il y a fréquemment des apparitions de gros hamsters ou de tout petits chiens au beau milieu de la chaussée [1]. Comme si le macadam générait spontanément des hamsters ou de tout petits chiens. Soucieux de participer à la sécurisation de la voirie, j’ai aussitôt demandé qu’on installât un panneau mettant en garde les usagers. Mais figurez-vous qu’il n’existe aucun panneau adapté. Il y en a pour les biches, les vaches, les piétons et les cyclistes mâles, les écoliers accompagnés et les grenouilles (uniquement en saison), mais pas pour les gros hamsters ou les tout petits chiens. Résultat : l’hécatombe se poursuit. La semaine dernière, j’en ai encore concassé deux. Si le Code de la Route était communal, ces drames auraient pu être évités et la fille de mon voisin de gauche ne passerait pas son temps à déposer des menaces de mort et les étrons de son nouveau bouvier dans ma boîte aux lettres.
Un dernier exemple, encore plus Ă©difiant : dans mon quartier, les jeunes ont besoin d’un quad pour se dĂ©penser physiquement et se rendre Ă l’école. Leurs parents, soucieux de la sĂ©curitĂ© de leur progĂ©niture, savent qu’un vĂ©lo ou une motocyclette n’est pas assez stable et optent donc sagement pour le quad. Mais rien n’est fait pour adapter les conditions de circulation, par exemple en interdisant les rues Ă tout ce qui les encombre, provoquant l’agacement bien lĂ©gitime de ces jeunes gens avides de liberté : poussettes, vieilles Ă caddies, piĂ©tons, bicyclettes, voitures, charrettes Ă bras et j’en passe… Et puis on s’étonne qu’il y ait des accidents.
Décidément, à tous ces problèmes, il faut une réponse locale, adaptée aux réalités du terrain.
D’autant que je refuse de payer pour tous ces panneaux qui ne me servent à rien. Par exemple, dans mon quartier, aucune pente n’atteint une déclivité de 10% – raison pour laquelle les jeunes achètent des quads plutôt que des caisses à savon –, d’où l’inutilité patente des panneaux A3, mais aussi F95 et C39, voire même A19 et A 51. Pourtant, on en imprime à tire-larigot, de ces panneaux. Avec mes impôts.
A une époque où la souplesse, l’adaptabilité et la spécialisation occupent le haut du podium des indicateurs de performance, un Code de la Route national, ou même régional, ne se justifie plus. Il faut un Code de la Route communal.
Ce qui nous conduit naturellement à reconsidérer d’autres règles à prétention nationale, voire universelle.
Les Droits de l’Homme, par exemple.
Les Droits de l’Homme gagneraient beaucoup à être communalisé.
Tout le monde sait que l’Homme de Sint-Martens-Latem est radicalement différent de celui de Farciennes. Le premier est blond et blanc, grand, entrepreneur, riche, vêtu à la dernière mode, il parle le flamand et tout plein d’autres langues, il mange tôt dans un silence pesant et vit dans une villa entourée d’un jardin à l’herbe rase ceint d’une haie de buis militairement taillée, sise entre une pépinière et un terrain de golf et protégée des intrusions par une grille monumentale en acier trempé. Le second est noir de jais et bronzé, courtaud, chômeur, pauvre, mal fagoté, il parle l’italien et le français, il mange tard dans un brouhaha assourdissant et vit dans une maison ouvrière coincée entre deux autres maisons rigoureusement identiques, n’étaient la boîte aux lettres et l’inscription sur la sonnette dont l’encre fatiguée dégouline le long de l’étiquette à la manière d’un titre de film d’épouvante de série z.
Pourquoi donc donner à ces deux hommes les mêmes droits, quand ils n’ont pas les mêmes besoins ?
Par exemple, l’Homme de Sint-Martens-Latem n’a que faire du droit à la liberté de réunion et d’association, puisqu’il a atteint un stade de développement humain qui aboutit nécessairement à un paisible individualisme, périodiquement étendu à la famille cellulaire composée d’un conjoint et de 1,6 enfant, le cadet ayant perdu une jambe au cours d’un accident de bobsleigh. Quant à l’Homme de Farciennes, qu’a-t-il à faire du respect de sa vie privée, lui dont la famille nombreuse et multigénérationnelle s’entasse au petit bonheur superposé tout au long de ses 200 m² habitables, en toute promiscuité ?
Rien.
Chacun d’eau aspire à des Droits de l’Homme mieux adaptés à ses conditions de vie.
Citoyens responsables, unissons-nous pour mieux scinder. Ne laissons pas le vent roboratif de réforme institutionnelle qui souffle sur notre beau pays s’éteindre comme un feu de paille. Communalisons les Droits de l’Homme, le système métrique et les températures, les tables de multiplication et l’alphabet, la monnaie et le solfège, les codes de navigation fluviale, aérienne et spatiale, le droit de la guerre, l’écriture Braille, les standards Unicode et la valeur des timbres postaux !
Une nouvelle ère de liberté et d’innovations s’ouvre à nous : Jette pourra instaurer la conduite à gauche, Dendermonde pourra frapper des pièces de 7 centimes et supprimer la clef de fa, Spy pourra troquer les degrés Celsius contre les degrés Fahrenheit pour doper le tourisme en donnant l’impression qu’il y fait toujours plus chaud.
Nous vivons un moment historique.
Faisons en sorte que dans plusieurs années, on reparle avec émoi de cet automne belge.
[1] Je n’ai jamais pu vérifier s’il s’agissait de gros hamsters ou de tout petits chiens parce qu’en cas d’impact, je continue ma route jusqu’à ce qu’ils se détachent de ma roue, sinon il faut gratter pendant des heures.
les degrés Celsius contre les degrés Fahrenheit pour doper le tourisme en donnant l’impression qu’il y fait toujours plus chaud.
Nous vivons un moment historique.
Faisons en sorte que dans plusieurs années, on reparle avec émoi de cet automne belge.
[1] Je n’ai jamais pu vérifier s’il s’agissait de gros hamsters ou de tout petits chiens parce qu’en cas d’impact, je continue ma route jusqu’à ce qu’ils se détachent de ma roue, sinon il faut gratter pendant des heures.
