L’union fait la force

Publication de Georges Glon du sept 20, 2007 dans Les gloseries |

Les Flamands veulent se séparer de nous.

On s’en fout.

Ils parlent une langue incompréhensible, ils ne font pas de bisous, ils mangent avec les poules, ils s’habillent bizarrement, souvent avec des cravates ton sur ton, des lunettes à montures épaisses et une saucière de gomina dans la chevelure et, surtout, ils ont plein de préjugés idiots sur nous.

Bon débarras.

Je dirais même plus : saisissons la balle au bond. Les Flamands ont toujours une longueur d’avance, alors singeons-les sans retenue : nous aussi, séparons-nous.

De qui, m’interrogerez-vous.

Des cantons rédimés.

Qu’ils retournent chez les Teutons. On ne les retiendra pas pour leur tarte aux quetsches et leurs baisers.

Et les Ardennais ? Qui veut les garder, les Ardennais ? Et pourquoi ? Parce qu’ils possèdent un pic de 700 mètres de haut, dont 6 de béton, et un domaine skiable grand comme celui de Dubaï ? Nenni. Qu’on les rattache à la Hollande, ils ne seront pas dépaysés.

Tant qu’on y est, donnons-leur aussi Liège, aux Bataves. D’une pierre, deux coups : ils reprennent leurs junkies et c’en est fini du défilé de roulottes au mois de juillet, puisqu’ils pourront descendre jusqu’à Durbuy sans passer par chez nous. On prélèvera au passage les matériaux de la gare des Guillemins, histoire d’embellir Bruxelles-Congrès. Elle est sinistre cette station.

Pareil pour les Hesbignons. Bradons les Hesbignons, on n’en a pas besoin. Et s’ils sont LiĂ©geois, qu’on les donne deux fois.

Et les Gaumais ? Ca sert à quelque chose, peut-être, un Gaumais ? Qu’on vole la recette de leur pâté et qu’on délocalise leur fête des saltimbanques à Tour & Taxis, avant de les offrir au petit Nicolas.

Quant aux Carolos, ne nous leurrons pas : inutile de chercher un repreneur. L’Italie est ravie d’en être quitte et le Cameroun, s’il est proche en matière de pratiques politiques, est géographiquement trop distant. Il ne reste qu’à faire de la ville un district international, jumelé avec Washington pour flatter leur ego. On obligera Dragone à venir répéter à Tour & Taxis.

Ajoutons-y les Borains, tant qu’on y est. On s’en fout, des Borains : tout juste bons à courir une fois l’an après une grosse peluche pour lui chiper une touffe de poils. Il suffira de muter quelques moines chimaciens à l’abbaye de la Cambre et de déplacer le carnaval de Binche à Tour & Taxis et le tour sera joué.

Pour les Tournaisiens, on fait comme d’habitude : personne n’en parle et on laisse traîner la situation jusqu’à ce que les Lillois les aient phagocytés. Quant aux Namurois, ils ont déjà prévu de faire sécession depuis 1992. Pour une fois qu’ils sont en avance, laissons-les s’émanciper, et bon vent.

Il reste à se défaire des Brabançons. C’est con un Brabançon, ça parle trop fort, c’est trop bronzé et ça roule dans une voiture trop haute qui coupe toute la vision à ceux qui viennent derrière. Aux Anglais, les Brabançons. Qu’on leur restitue une bonne fois pour toutes leur tertre planté d’un gros chat et de sa balle-pelote. Avec les Ucclois en prime. On s’en fout, des Ucclois.

Et les Woluwéens ? Qui s’en soucie, des Woluwéens ? D’abord, leur nom est ridicule. Qu’on les joue aux dés avec les Anderlechtois : on n’a pas besoin de deux shoppings, ni d’un stade de foot en passe d’être rasé. Le perdant sera fusionné avec Charleroi ou la nouvelle République Wallonne de Namur.

Je ne parle même pas des Tennoodois. Là-bas, c’est plein d’étrangers, de sens interdits et de vitrines qui distraient les honnêtes gens. On n’arrive plus à lire les enseignes des magasins ni à avancer d’un pas. Qu’on mette quelques filles et la pyramide Rogier à Tour et Taxi, le reste, on n’en veut plus. Erdogan n’a qu’à l’annexer. Il sera ravi, ça lui fera un peu plus de superficie sur le continent, c’est bon pour son dossier.

Oui, mes chers concitoyens, faisons place nette : réduisons la Belgique à Bruxelles-Ville pour la grand-Place et le gniard qui pisse, Laeken pour le Palais et Kinepolis, Anderlecht ou Woluwé pour les emplettes, Schaerbeek pour le football au cas où l’on trouverait quelques bonnes poires pour offrir un nouveau stade aux Diables, Etterbeek parce que j’y vis et Ixelles puisqu’on y aura mis les trappistes.

Tout ira mieux, dans notre nouvelle Belgique, un peu rognée certes, mais tellement plus homogène. On n’a pas besoin des autres, de leurs aéroports, de leurs autoroutes, de leurs collines de leurs fleuves et de leurs accents traînants. Un bout de canal gris et un Imax et nous voilà contents. Le Monde et l’Europe n’ont qu’à bien se tenir : la nouvelle Belgique pourra créer un cartel avec le Lichtenstein, Andorre, le Vatican et Monaco, pour faire entendre sa voix sur la scène internationale. Vivement qu’on y soit, je trépigne d’impatience.

Mais attention. Notez que rien de tout cela n’est définitif. Même parmi ces habitants de la nouvelle Belgique, on trouve de tout. Spécialement chez les Laekenois. S’ils se mettent à tirer au flanc en profitant de nos impôts, on les fiche dehors, les Laekenois, Roi y compris. On vivra très bien sans eux.

Avec ceux qui restent, au moins, on sera entre bons Belges.

Encore que…

Je parle de mon quartier.

Plus bas, ce sont des sauvages : ils font la course en rue, élèvent des chiens qui snobent les canisites et discutent dehors à l’heure où les braves gens dorment, en s’asseyant sur le dossier des bancs publics. Et je n’exagère rien.

Il faudra voir à terme si on ne s’en sépare pas aussi, du bas du quartier.

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4 Comments

Anonymous
Anonymous
sept 20, 2007 at 10:24

Si les flamands dĂ©cident unilatĂ©ralement de se sĂ©parer des francophones, nous n’aurons qu’Ă  dĂ©cider unilatĂ©ralement de nous rĂ©unir avec eux. Et lĂ , ils seront bien attrapĂ©s.

Et pour faire bonne mesure, on propose Ă  Sarko de nous filez ses Bretons, Ă  Elisabeth ses Ecossais, Ă  Juan-Carlos ses Catalans (on laisse les berlusconiens lĂ  oĂą ils sont) et hop, on crĂ©e un nouveau pays europĂ©en (les Flamands ne veulent plus de la Belgique, peut-ĂŞtre veulent-ils autre chose, quelque chose de plus grand, de plus indĂ©pendantiste…) : le caravaland!


 
Anonymous
Anonymous
sept 21, 2007 at 12:48

Ă  Mr Glon : espĂ©rons qu’il n’y a pas de Mme Non dans ton quartier, parce que tes plans de scission ne seront pas rĂ©alisĂ©s tout de suite

Ă  anonyme : n’allons pas trop vite en besogne : commenÇons par demander Ă  Srko de nous enovyer son vin, Ă  Elisabeth, le Whisky de ses sujets rougeauds en kilt et Ă  JC, le cava de ses concitoyens danseurs de la Sardane. Avec les trappistes chimaciens Ă  la Cambre, ça nous fera de la matière (liquide) Ă  rĂ©flexion

adeu, Ferran Puig


 
Monsieur Blond
Monsieur Blond
sept 28, 2007 at 11:44

Bel exemple de ratiocination politique que tout cela. Monsieur Glon, quelle angoisse vous agite ainsi? En parcourant votre blog, on y voir revenir des motifs rĂ©currents, surtout un en fait : la Femme, qu’elle soit photogĂ©nique, collĂ©guaire ou tribunĂ©e fĂ©linophile. Hors, ĂŞtes-vous certains que la population fĂ©minine du Haut Etterbeek sera Ă  mĂŞme d’Ă©tancher votre soif et vous Ă©viter toutes les pĂ©ripĂ©ties administratives d’un mariage international?


 
Pio
Pio
oct 1, 2007 at 11:43

Monsieur Glon, c’est un sommet de rĂ©alisme que ce commentaire avisĂ© et gĂ©ographiquement instructif sur la situation de notre grand pays…

J’en ferais direct une carte blanche dans Le Soir et LLB..

Je me demandais justement que proposer à mon voisin, dont la proximité (deux facades de brique nous sépare, avec un vide ventilé au milieu) est parfois aussi déroutante que celle dont votre concierge semble vous infliger.

Une bonne scission, rien de tel…

au plaisir de vous revoir!


 

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